Les terpènes sont des composés aromatiques produits par la majorité des plantes, dont le chanvre. Responsables de l’odeur des fleurs, des fruits et des essences végétales, ils jouent un rôle écologique : attirer les pollinisateurs, repousser les prédateurs, protéger la plante du stress environnemental. Dans le cannabis, on en a identifié plus d’une centaine, qui contribuent autant à l’arôme caractéristique de chaque variété qu’à ses effets physiologiques.
Une famille moléculaire vaste
Chimiquement, les terpènes sont construits à partir de l’unité isoprène (C₅H₈). On les classe selon leur taille moléculaire : monoterpènes (10 atomes de carbone, les plus volatils), sesquiterpènes (15 atomes, plus stables), diterpènes (20 atomes), et ainsi de suite. Le cannabis produit principalement des mono- et sesquiterpènes, ce qui explique l’arôme intense mais parfois fugace de ses fleurs.
Les principaux terpènes du chanvre
Quelques terpènes dominent le profil aromatique du cannabis. Voici les plus étudiés :
- Myrcène : terpène le plus abondant, arôme terreux et musqué. Effet sédatif et myorelaxant. Présent aussi dans la mangue et le houblon.
- Limonène : odeur d’agrumes, présent dans les zestes de citron et d’orange. Effet anxiolytique et anti-inflammatoire.
- Linalol : arôme floral, identique à celui de la lavande. Le linalol est étudié pour ses propriétés relaxantes et anxiolytiques.
- Bêta-caryophyllène : note poivrée, présent dans le clou de girofle. Particulièrement intéressant car il interagit directement avec le récepteur CB2 du système endocannabinoïde.
- Pinène : odeur de résine de pin. Effet bronchodilatateur et stimulant cognitif.
- Humulène : arôme houblonné, propriétés anti-inflammatoires.
Le profil terpénique d’une variété — appelé « terpénogramme » — est aussi caractéristique qu’une empreinte digitale.
Rôle dans l’effet d’entourage
Les terpènes ne se contentent pas de parfumer le produit : ils modulent l’action des cannabinoïdes. C’est ce qu’on appelle l’effet d’entourage, théorisé en 1998 par Raphael Mechoulam et Shimon Ben-Shabat. Les molécules de terpènes peuvent moduler l’affinité du THC ou du CBD pour leurs récepteurs, ralentir leur métabolisation, ou produire leurs propres effets pharmacologiques. Un extrait riche en myrcène et linalol sera plus relaxant qu’un extrait dominé par le limonène et le pinène, plus stimulant.
Pour approfondir, l’article sur les terpènes et flavonoïdes détaille les interactions entre ces différentes familles moléculaires.
Conservation et dégradation
Les terpènes sont des molécules très volatiles. La chaleur, la lumière, l’oxygène et le temps les dégradent rapidement. Une fleur de CBD séchée peut perdre jusqu’à 50 % de son contenu en terpènes en quelques mois si elle n’est pas conservée correctement. Pour préserver le profil aromatique :
- conserver à l’abri de la lumière directe,
- maintenir une température fraîche et stable (idéalement 15-18 °C),
- utiliser un contenant hermétique en verre teinté,
- contrôler l’humidité (55-62 % d’humidité relative pour les fleurs).
Terpènes vs cannabinoïdes
Les terpènes ne sont pas spécifiques au cannabis : on les retrouve dans tous les végétaux aromatiques. Les cannabinoïdes (CBD, THC, CBG, CBN…), eux, sont presque exclusifs au cannabis. Les deux familles coexistent dans les trichomes — ces petites glandes résineuses qui couvrent les fleurs de chanvre — et sont co-extraites lors de la production d’huiles ou de résines full spectrum.
Un produit présenté comme « riche en terpènes » a généralement été extrait par CO₂ supercritique à basse température, méthode qui préserve mieux les composés volatils que les extractions à chaud.